Atlas sectoriel 2026
Une économie à trois vitesses : comment les entreprises naviguent entre IA, géopolitique et fragmentation

07/09/2026

La croissance mondiale devrait ralentir pour s’établir à +2,5 % en 2026 avant de rebondir à +2,9 % en 2027, largement soutenue par les investissements dans l’IA, qui contribuent à eux seuls à environ un tiers de la croissance américaine. Si l’on fait abstraction de ce pilier, la divergence est frappante : les États-Unis affichent une croissance de +2,1 %, la zone euro peine à atteindre +0,9 % sans pratiquement aucun effet positif lié à l’IA, et la Chine se maintient à +4,7 % grâce à ses exportations et à son secteur manufacturier de haute technologie, malgré une demande intérieure faible. La reprise de la guerre commerciale américaine aggrave cette fracture, même si la désescalade au Moyen-Orient élimine un risque aigu tout en laissant planer un risque de flambée de tensions. Dans l’ensemble de nos secteurs, ce contexte hétérogène donne lieu à trois réalités distinctes plutôt qu’à un cycle commun.

Les dépenses d’infrastructure des hyperscalers devraient atteindre 725 milliards de dollars en 2026 (+80 % en glissement annuel) et dépasser 1 000 milliards de dollars en 2027, propulsant les ventes mondiales de puces vers 1 500 milliards de dollars. En conséquence, la croissance des ventes de semi-conducteurs s’établit à environ +90 % grâce à la hausse des prix de la mémoire. Le tableau est contrasté pour les autres secteurs liés aux technologies : la demande en logiciels et services informatiques reste solide (+3,6 %), mais la confiance des investisseurs s’est effritée, les principaux acteurs ayant enregistré des baisses de 25 à 30 % en raison des craintes d’érosion liées à l’IA générative. Pour les ordinateurs et les smartphones, l’IA est un facteur de coût, car les pénuries de composants réduisent les marges tandis que les volumes de PC et de smartphones reculent de 11 à 14 % ; quant aux services de télécommunications, ils bénéficient de l’interconnexion des centres de données mais sont exposés à tout recul des dépenses d’investissement dans l’IA, ainsi qu’à la concurrence des satellites LEO qui érode les niches à forte marge.

Un certain nombre de secteurs sont confrontés à des coûts de financement toujours restrictifs, à des droits de douane et à un faible pouvoir de fixation des prix, ce qui oblige les entreprises à absorber l’inflation des coûts des intrants plutôt que de la répercuter. Le secteur automobile s’est réorienté de la vente en volume vers la monétisation des logiciels et des données, la concurrence chinoise dans le domaine des véhicules électriques portant particulièrement préjudice à l’Europe. Le secteur de la construction reste sensible aux taux d’intérêt, la demande résidentielle et commerciale restant faible, compensée principalement par les centres de données. Dans les secteurs du commerce de détail, du textile et de l’électroménager, les consommateurs se tournent vers des produits moins chers, ce qui maintient la résilience des chiffres d’affaires globaux mais érode les marges brutes sous-jacentes. Le secteur des transports reste en pleine mutation, avec des perturbations du transport maritime au Moyen-Orient et des prix du pétrole élevés. Les équipements de transport ainsi que les machines et équipements bénéficient des dépenses de défense, mais la reprise est progressive et vulnérable à un nouveau choc de croissance ou commercial. Dans le secteur chimique, le désavantage de l’Europe en matière de coûts énergétiques, accentué par le conflit au Moyen-Orient qui a mis en évidence la dépendance vis-à-vis des importations pour les flux de matières premières, transforme un ralentissement conjoncturel en un fossé durable entre les leaders en matière de coûts (États-Unis et Moyen-Orient) et les producteurs européens aux coûts plus élevés. Enfin, le secteur des métaux bénéficie d’une demande forte dans les segments liés au cuivre, au lithium et aux terres rares (grâce à une forte demande liée à l’électrification et aux infrastructures d’IA), tandis que le secteur du fer et de l’acier reste en difficulté.

Le secteur pharmaceutique bénéficie toujours de brevets solides et d’un pouvoir de fixation des prix, tandis que sa base d’innovation aux États-Unis et en Europe le protège largement des turbulences qui touchent tous les autres secteurs. Dans le secteur de l’énergie, les acteurs du pétrole et du gaz, en particulier les producteurs américains, profitent de la hausse des cours du pétrole, mais les acteurs du Moyen-Orient, d’Asie et d’Europe sont confrontés à un certain nombre de défis, allant de l’approvisionnement en matières premières à l’accès aux clients. Les énergies renouvelables pourraient bénéficier du contexte actuel, marqué par une attention accrue portée à la souveraineté énergétique et à la résilience.

Aux États-Unis, la croissance du chiffre d’affaires a atteint +15,2 % en glissement annuel, son rythme le plus soutenu depuis le deuxième trimestre 2022. Le secteur des semi-conducteurs s’est particulièrement distingué, soutenu par le « supercycle » d’investissement dans l’IA, tandis que le secteur de l’énergie a bénéficié de la hausse des prix du pétrole. Le secteur des métaux et des mines a également connu une nette amélioration, même si ces gains reflétaient principalement les droits de douane, la hausse des prix des matières premières et une expansion des marges induite par les politiques publiques, plutôt qu’une demande généralisée. Le secteur chimique a montré des signes de reprise, mais les fondamentaux restent fragiles. Le secteur aérien a clairement constitué le maillon faible, la hausse des coûts du carburant ayant entraîné une baisse du bénéfice par action de -44 % en glissement annuel. L’Europe a enregistré une croissance globale de son chiffre d’affaires tout aussi solide (+11,2 %), mais cette performance s’est concentrée dans les secteurs de l’énergie, de la défense et des semi-conducteurs. L’automobile, les transports, le commerce de détail des biens discrétionnaires et les métaux sont restés sous pression en raison d’une demande faible, de coûts de financement élevés et de la concurrence mondiale. Le secteur chimique a rebondi, les perturbations géopolitiques ayant temporairement amélioré son pouvoir de fixation des prix, même si le désavantage structurel de l’Europe en matière de coûts énergétiques persiste.

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