Plus de 40% des exportateurs craignent un rallongement des délais de paiement et une résurgence du risque d’impayés

01/06/2023
Les perturbations observées ces dernières années, de la pandémie Covid-19 à l’invasion de l’Ukraine, semblent pousser les entreprises à repenser l’organisation de leurs chaînes d’approvisionnement à l’international. Comment ces évènements ont-ils affecté les entreprises, leurs velléités de développement à l’export et la façon dont elles opèrent à l’étranger ?

Allianz Trade publie aujourd’hui la seconde édition de son Global Survey. Le leader mondial de l’assurance-crédit a interrogé près de 3.000 exportateurs de France, d’Allemagne, d’Italie, d’Espagne, de Pologne, du Royaume-Uni et des Etats-Unis. Allianz Trade a questionné ces entreprises sur leurs perspectives export 2023, les perturbations de supply chain qu’elles ont subies, leurs plans pour en améliorer la résilience, mais également sur leurs stratégies ESG.

L’optimisme des exportateurs recule au global mais reste résilient en France

En 2023, plus de 70% des entreprises s’attendent à une croissance de leur chiffre d’affaires à l’export. Cet indicateur est en recul de -10 points par rapport à la précédente édition de l’Allianz Trade Global Survey (80% - 2022). Un déclin qui trouve sa source dans un environnement économique moins favorable aux échanges commerciaux : selon Allianz Trade, en 2023, le commerce mondial devrait croître très modérément en volume (+0,7% contre +3,8% en 2022) et se contracter en valeur (-0,1% contre +9,7% en 2022). Même si les entreprises restent relativement optimistes en matière de développement export, l’incertitude économique reste forte.

Comment se positionnent les entreprises françaises à ce sujet ? « L’optimisme des entreprises françaises reste particulièrement résilient : 76% des répondants s’attendent à une hausse de leur chiffre d’affaires à l’export, soit une très légère baisse de -1 point par rapport à 2022. Avec les espagnols (77%), les exportateurs français sont les plus optimistes pour 2023, loin devant l’Allemagne (55%), la Pologne (60%) et l’Italie (65%). Concrètement, les pays les plus pessimistes sont ceux qui ont été le plus affectés par la crise énergétique », répond Ana Boata, Directrice de la recherche économique d’Allianz Trade.

Autre signe de prudence accrue, les entreprises semblent avoir un appétit moindre pour la conquête de nouveaux marchés : au global, 63% des répondants favorisent la croissance des investissements dans un pays où ils sont déjà présents, alors que 47% seulement prévoient d’investir dans de nouveaux pays. Par ailleurs, plus de 55% des entreprises prévoient de faire croître leur part de marché dans un pays où elles sont déjà présentes, alors que 52% souhaitent diversifier leur approche et viser de nouveaux pays.

Fear factor : la crainte du risque d’impayés se renforce

Par rapport à la précédente édition, le nombre d’entreprises qui s’attendent à une hausse des délais de paiement à l’export a crû : elles étaient 31% à le craindre en 2022, elles sont désormais 42%. Les exportateurs français sont alignés avec cette perception (41%), et c’est aux USA et au Royaume-Uni que les craintes sont les plus élevées (respectivement 50 et 48%).

En conséquence, le nombre d’entreprises qui s’attendent à une recrudescence du risque d’impayés à l’export s’est aussi fortement accru (+11 pts vs 2022) et atteint désormais 40%. Cette fois encore, les entreprises françaises partagent la même vision avec 40% des répondants craignant une résurgence du risque d’impayés à l’export en 2023. Les Etats-Unis (47%), l’Allemagne (46%) et le Royaume-Uni (43%) sont les plus pessimistes à cet égard.

« Les entreprises doivent faire face simultanément à une faible demande, des pressions additionnelles sur leur rentabilité et des conditions de financement qui se resserrent. Dans ce contexte elles s’attendent clairement à subir des délais de paiement à l’export plus long et un risque d’impayés à l’international plus fort en 2023. Cette perception est alignée avec nos prévisions de défaillances d’entreprises, que nous attendons en croissance à l’échelle mondiale de +21% en 2023 (après +2% en 2022) », explique Aylin Somersan Coqui, CEO d’Allianz Trade.

Perturbations des supply chains : les entreprises restent inquiètes

Près de 75% des répondants à l’Allianz Trade Global Survey 2023 estiment que des obstacles logistiques (pénuries d’intrants, tensions sur le marché du travail) , les prix élevés de l’énergie et le coût élevé du transport auront un impact modéré à significatif sur leur activité export en 2023. Les entreprises polonaises, allemandes et italiennes identifient les obstacles logistiques et le coût du transport comme leurs principaux défis à relever cette année. Pour les exportateurs américains et espagnols, le défi principal de l’année sera le coût et l’accès au financement. Au Royaume-Uni, les prix élevés de l’énergie sont le défi le plus cité par les exportateurs. En France, la crainte principale des entreprises est la résurgence du risque d’impayés.

« Comment les entreprises comptent-elles faire face aux perturbations actuelles et à venir de leurs chaînes d’approvisionnement ? Etonnamment, la relocalisation et la réorganisation des supply chains sont les solutions les moins citées par les répondants à notre enquête. Seule exception, les entreprises les plus touchées par la crise énergétique. Selon notre enquête, 35% des entreprises déclarant que leur chaîne d’approvisionnement a été affectée par la crise énergétique souhaitent relocaliser leurs fournisseurs ou leurs sites de production à moyen terme », ajoute Ana Boata.

Cash is king : les entreprises misent toujours sur leur trésorerie pour se financer à l’export

Pour financer leur développement export, les entreprises prévoient principalement de miser sur leur trésorerie, le crédit bancaire et les délais de paiement. Lors de l’édition 2022 de l’enquête, le crédit bancaire et les délais de paiement occupaient les premières positions du classement. Mais elles ont mécaniquement reculé dans les plans des exportateurs face au durcissement des conditions d’accès au financement et à la forte pression qui pèse sur leurs réserves.

« Ce qui est intéressant, c’est que juste après les sources traditionnelles de financement, les entreprises citent majoritairement les solutions de Buy Now, Pay Later (BNPL) pour financer leur développement export. Au Royaume-Uni et en France, il s’agit même de la troisième source de financement, juste derrière la trésorerie et le crédit bancaire. Cet intérêt croissant pour le BNPL, solution particulièrement adaptée aux besoins des petites entreprises, pourrait faciliter l’accès des PME aux échanges commerciaux internationaux », décrit Ano Kuhanathan, Responsable de la recherche sectorielle d’Allianz Trade.

En matière d’ESG, les entreprises avancent progressivement et favorisent la continuité de l’activité

Dans un contexte de ralentissement économique et de contraintes financières, plus de 80% des entreprises reconnaissent qu’elles favoriseront la continuité de l’activité aux engagements ESG en 2023. Les entreprises françaises (84%), américaines (84%) et espagnoles (86%) sont les plus nombreuses à répondre en ce sens.

Toutefois, cela ne signifie pas que les entreprises ont abandonné leurs objectifs ESG, bien au contraire : la plupart des répondants (85%) comptent accroître leurs efforts pour basculer vers les énergies vertes à long terme. Là encore, les entreprises françaises (87%), américaines (88%) et espagnoles (92%) arrivent en tête. Il semblerait que la crise énergétique pousse les entreprises à accélérer leur transition verte.

« Les principales priorités ESG des entreprises sont toujours concentrées sur des actions de court terme, comme choisir des options de transport plus respectueuses de l’environnement, renforcer leurs attentes concernant leurs fournisseurs ou améliorer les normes de sécurité et de santé au sein de leurs chaînes d’approvisionnement. Mais de plus en plus de mesures structurelles sont priorisées, comme développer des produits et services plus durables et innovants, et réduire leur exposition aux activités polluantes », conclut Aylin Somersan Coqui.